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Lady Gaga, une étoile-née

La chanteuse part à l’assaut du cinéma avec la même fougue qui lui a permis de s’imposer comme une superstar de la pop. Dans le premier film de Bradley Cooper, un remake pop de «A Star Is Born», elle crève l’écran et le buzz lui promet déjà un Oscar. Retour sur l’ascension irrésistible d’une artiste qui ne cesse de nous surprendre.
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Peu de personnes se sont autant inventées, réinventées et transformées, artistiquement et physiquement que Lady Gaga, mutant de la scène musicale aux looks indescriptibles et aux activités foisonnantes, de la mode à la philanthropie. Une Mother Monster – comme la surnomment ses fans – qui, depuis dix ans, n’a cessé de casser les codes pour mieux se les réapproprier et les accorder à sa (dé)mesure. Dans Gaga: Five Foot Two, le formidable documentaire sur elle qu’on peut voir sur Netflix, et dans son dernier album en date, Joanne, on l’a découverte sans fard et vulnérable: une Marilyn Monroe de la pop. Encore une métamorphose? La vraie Stefani, son nom de baptême?
Mais c’est avec Une étoile est née, d’un Bradley Cooper lui aussi en pleine renaissance, que Lady Gaga, dans les pas de Judy Garland et Barbra Streisand, se révèle dans un rôle en or et retourne enfin à ses sources, là où elle est née: au firmament.

Beautiful, Dirty, Rich
Comment s’y retrouver avec Lady Gaga? Par quoi commencer? À peine apprenait-on, il y a un an, la reprogrammation de sa tournée européenne pour raisons de santé qu’elle annonçait une série de concerts fin 2018 à Las Vegas, éblouissait la scène des Grammy Awards (elle en a six) avec son piano recouvert de plumes blanches, et enflammait la fashion week de New York. Quelle énergie! Et quel chic! Et n’a-t-elle pas aussi fait une campagne très BCBG pour les bijoux Tiffany & Co. en chemisier de soie et pantalon à pinces? On l’a aussi vue récemment entrer et sortir de studios d’enregistrement accompagnée de pointures. Alors? Cheek to Cheek 2 avec son vieux complice, le légendaire crooner Tony Bennett? Des duos secrets (avec Taylor Swift, par exemple)? Un sixième album solo en préparation?
Et puis il y a ce buzz d’Oscar qui enfle à Hollywood pour sa performance dans Une étoile est née dans le rôle d’Ally: une modeste brunette découragée de percer dans la chanson, qu’un chanteur de country alcoolique, joué par Bradley Cooper, prend sous son aile. À voir les premières images, pas de doute: une grande actrice se révèle, plus méconnaissable que jamais. Bref, on ne sait plus à quelle Gaga se fier. Il faut dire qu’elle s’ingénie à brouiller les pistes. Du temps où elle confectionnait ses costumes elle-même, avec l’aide de son équipe, la Haus of Gaga, véritable département de costumes et accessoires toujours prêt à lui passer tous ses caprices, on l’a vue entre autres saluer la reine d’Angleterre en robe edwardienne en latex rouge assortie à des cristaux autour de ses yeux, ou revêtue de viande crue pour protester contre l’exclusion des LGBTQ par l’armée américaine.
Pour Chris Moukarbel, réalisateur de Gaga: Five Foot Two, qui suit sans artifice la chanteuse depuis l’enregistrement de Joanne jusqu’à son entrée en scène complètement démente à la mi-temps du Super Bowl l’an dernier à Houston, Lady Gaga est avant tout «étonnamment sûre d’elle. Lorsque nous filmions, c’était souvent émotionnel, car elle est à la fois ultra-forte et ultra-sensible». La chanteuse souffre depuis cinq ans de fibromyalgie, une maladie qui provoque de graves douleurs chroniques et des troubles du sommeil. Lors du show du Super Bowl, sa hanche, brisée il y a quelques années, lui faisait mal à hurler. Lady Gaga serait donc un être humain vulnérable et fragilisé par des coups durs, comme tout le monde? Elle n’en a pas moins donné une performance ahurissante, suspendue au toit du stade devant des millions de téléspectateurs. Comment ce petit bout de fille de1,55 mètre fait-elle tout ça, perchée sur des talons immenses, et d’où lui viennent ce besoin constant de métamorphose, d’adrénaline et d’extrême, cette folie et cette ambition, cette énergie et ce feu sacré qui la consume et en a fait l’une des femmes les plus influentes et énigmatiques de ce siècle?
«Tout le monde, d’un bout à l’autre de la planète, connaît Lady Gaga», nous dit Ryan Murphy, le créateur prodigue des séries
Pose, Glee et American Horror Story, dans laquelle Lady Gaga a
joué une comtesse et une sorcière. «Si j’ai eu envie qu’elle participe à American Horror Story, ce n’est pas juste parce qu’elle adore tout ce côté Halloween. C’est parce qu’avec Lady Gaga la magie est réelle.»

Born this Way

C’est le 28 mars 1986, dans l’Upper East Side, quartier cossu de Manhattan, que Stefani Joanne Angelina Germanotta voit le jour dans une famille plutôt aisée mais d’origine modeste. Son père, Joseph, entrepreneur sur internet, est fils d’immigrés italiens. Sa mère, Cynthia, d’origine canadienne-française, travaille dans une compagnie de téléphone. À 4 ans, Stefani Germanotta apprend à jouer du piano à l’oreille, et compose sa première chanson! «Elle était très déterminée», dira son père, qui surnomme affectueusement son aînée Loopy (toquée).

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À 11 ans, la future interprète de Judas et de Sinner’s Prayer, élevée dans une famille de chrétiens pratiquants, intègre l’école huppée et catholique des sœurs missionnaires du Sacré-Cœur de New York. Et son calvaire commence: «À l’époque, j’avais
un très gros nez, les cheveux très bruns et frisés, je me mettais du faux bronzage et j’étais trop grosse. (...) On se moquait de moi. J’avais l’habitude qu’on m’embête. Des garçons m’ont jetée dans une poubelle au coin d’une rue. On écrivait des obscénités sur mon casier à l’école alors que ceux des autres étaient bien propres. On me pinçait dans les couloirs et on me traitait de traînée. Il m’a fallu du temps pour me sentir sexy car j’étais maltraitée à l’école. Toute cette expérience m’a marquée à vie», confessera Lady Gaga en 2013 au quotidien anglais The Guardian. Acceptée dans le programme ultra-select de la Tisch School of Arts de l’université de New York, elle plaque tout en cours d’année. Elle préfère se produire dans les bars et les clubs, son synthétiseur sous le bras, et se fraye même un chemin comme extra à l’arrière-plan d’un épisode des Soprano, en 2001. À même pas 18 ans, elle loue un appartement pas cher dans le Lower East Side, où grouille une faune trash et rock’n’roll. Et tant pis si, pour subsister, elle doit être serveuse dans les bars de strip-tease ou go-go dancer elle-même! Le tandem burlesque que Stefani forme avec une copine, la future Lady Starlight, marche bien, et un petit ami batteur et gérant de bar la transforme en Lady Gaga – le «Ga Ga», tiré de la chanson de Queen, Radio Ga Ga, serait son idée à lui, «Lady», c’est elle.
Lady Gaga signe à 19 ans un premier contrat avec Def Jam Records, qui la plaque au bout de trois mois, ne sachant que faire d’elle. En 2007, Akon la signe sur son label KonLive.
Lady Gaga impose son look: grosse frange blonde et épaules carrées. «Elle savait ce qu’elle voulait et mélangeait toutes les références, elle parlait en même temps d’Andy Wharhol, de musique ‘dance mais industrielle’, de peinture, de mode...», se souvient Akon. The Fame, son premier album, sort l’année suivante. Just Dance, l’un des titres phares, devient immédiatement numéro un dans le monde entier. Juste faire danser, il fallait y penser! S’ensuivent en 2009 une tournée mondiale, The Fame Ball Tour, puis The Fame Monster, une réédition de son premier album auquel s’ajoutent huit nouveaux titres. Deux ans plus tard, l’album Born This Way devient son hymne, son manifeste, sur un tempo qui rappelle Madonna.

So Happy I Could Die
Entrée dans la conscience collective, Lady Gaga fera bientôt une voix dans Les Simpson, une apparition dans Men in Black
3, dans un show télé avec les Muppets... Pour Elton John, avec qui elle a chanté en duo aux Grammys en 2010, «elle est la
seule artiste excitante du moment, la seule à vraiment prendre des risques». C’est avec le coach de Christina Aguilera que Lady
Gaga a travaillé sa tessiture de mezzo, qu’elle peut moduler autant que son physique, capable aussi bien de se produire avec Metallica que d’interpréter un medley de La Mélodie du bonheur aux oscars.
Mais Lady Gaga, bien sûr, c’est aussi des spectacles glam et décalés, époustouflants de précision. Cette reine de la scénographie, excellente danseuse et musicienne, en met plein les yeux par sa façon bien à elle de mélanger les genres. D’une créativité exceptionnelle, revendiquée, repoussant toujours plus les frontières, pour tout lier, désarticuler, remonter: la musique, la technologie, la culture pop et la mode, et en faire une sorte de fascinant Rubik’s Cube commercial, la Lady est aux commandes de sa carrière. La sexualité omniprésente qu’affiche Gaga dérange. Comme Madonna, elle révélera avoir été violée à ses débuts, et souffrir depuis de stress post-traumatique... Son besoin de se travestir, et d’être moins «carnaval», Lady Gaga en parle dès le début de Five Foot Two: «Jusqu’à présent je ne m’étais jamais sentie assez à l’aise pour chanter au naturel, dit-elle. Je ne me suis jamais sentie assez jolie, ou assez intelligente, ou assez bonne musicienne. Maintenant je me sens bien dans ma peau, et je dois rester à cette place.»
Parmi ses amis, Lady Gaga compte Nicola Formichetti, qui fut directeur artistique de Mugler, et Marc Jacobs, pour qui elle a défilé, mais aussi Donatella Versace, à qui elle a dédié une chanson sur Artpop, et qui l’a habillée pour la tournée Born This Way Ball. «On pioche tous un peu d’inspiration chez Lady Gaga, mais ne le dites pas», sourit Tom Ford, qui avait présenté sa collection prêt-à-porter printemps-été 2016 sous la forme d’un clip vidéo dans lequel la chanteuse reprenait le tube disco I Want Your Love.

 

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À gauche: Lady Gaga et Donatella Versace, à Los Angeles en 2014. À droite: Avec Marc Jacobs, à New York en 2016.

Diamond Heart
Côté cœur, la diva au chapeau rose affiche beaucoup de bleus. On a cru au bel acteur et mannequin Taylor Kinney.
Lady Gaga est désormais avec son agent, Christian Carino. Cheveux poivre et sel et tatouages, ce philanthrope a été l’agent de Jennifer Lopez, Miley Cyrus et Justin Bieber. On voudrait qu’il déjoue la malédiction d’Une étoile est née: l’impossibilité pour une star de conjuguer vie professionnelle et vie privée. Lady Gaga, à 32 ans, a déjà tout connu. Sa fortune représente «des centaines de millions de dollars» écrit le magazine Forbes. Cela dit, si elle a acheté une Rolls-Royce à ses parents, elle ne fait pas de vraies folies. Elle a un ranch à Malibu où elle monte à cheval et médite au soleil pour se calmer. Lady Gaga, «ultra-pro», selon Jessica Lange, sa co-star dans American Horror Story, travaille en effet très dur. Ne serait-ce que pour donner autant d’argent qu’elle le fait, parfois la recette d’un concert dans sa totalité, à de nombreux organismes de bienfaisance.
Elle a également créé avec sa mère la Fondation Born This
Way, qui a pour mission de soutenir chacun, et notamment les jeunes, dans l’expression et l’affirmation de soi. Et, bien sûr, elle ne se repose jamais sur ses lauriers. «Je veux devenir une femme dans ce métier, et grandir. Quand vous êtes célèbre à 21 ou 22 ans, c’est comme si votre croissance cessait. Je veux m’épanouir», dit la chanteuse au début de Five Foot Two.
Une étoile est née pourrait bien être cette occasion. Lady Gaga ne s’est pas encore fait une place au cinéma, elle qui a très tôt pris des cours d’art dramatique à l’institut de Lee Strasberg. Le moment est sans doute venu pour elle d’être prise au sérieux comme actrice. Pour Bradley Cooper, Lady Gaga était une évidence. Et, comme il l’a confié lors du dernier festival de Tribeca, elle a vite retourné la situation: «Elle m’a dit, ‘je te fais confiance pour tirer de moi une honnête performance d’actrice, en retour je vais m’assurer que tu auras l’air d’un vrai musicien, car tout le monde va chanter en direct, pas question d’être doublé.’ C’était terrifiant et extraordinaire. Elle m’a porté.»

Lady Gaga à New York en janvier dernier.
Lady Gaga à New York en janvier dernier.
«Jusqu’à présent je ne m’étais jamais sentie assez à l’aise pour chanter au naturel. Je ne me suis jamais sentie assez jolie, ou assez intelligente, ou assez bonne musicienne. Maintenant je me sens bien dans ma peau, et je dois rester à cette place.” Lady Gaga

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